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Note de lecture du #livre" Crimes sans châtiment" ( #JeanLoupIzambert) #RéseauxDjihadistes #ServicesSecrets

Note de lecture du #livre" Crimes sans châtiment" ( #JeanLoupIzambert) #RéseauxDjihadistes #ServicesSecrets #Terrorisme #Géopolitique #FrèresMusulmans

Une note de lecture sur une enquête concernant les liens entre les dirigeants occidentaux et les réseaux djihadistes

"

À la suite de ses interventions sur la crise, dans un nouveau document, Jean-Loup Izambert montre comment pendant plus de vingt années – des années 1990 à 2012 – des ministres de l’Intérieur et responsables du renseignement français ont protégé des individus liés à des réseaux terroristes islamistes liés à l'Organisation internationale des Frères musulmans (Oifm).

Il conduit son investigation en plusieurs périodes de 1990 à 2011 sur les liaisons secrètes entre réseaux terroristes islamistes sunnites et services secrets d’États occidentaux. Il publie ses premières investigations dans VSD, L’Humanité et L’Humanité Dimanche (1990 à 1993)61,62,63,64,65,66,67,68.

Dans ce premier livre sur les relations entre des dirigeants français et des membres d'organisations criminelles, il montre comment a été préparée et organisée l'agression militaire contre la Libye, puis les opérations médiatiques qui ont été montées par des dirigeants occidentaux, tout particulièrement français, pour justifier cette guerre.

Le mensuel Balkans Infos a livré en juin 201269, puis en mars 2013 un aperçu de ce nouveau travail d'investigation 70 publié le même mois sous le titre de Crimes sans châtiment.i Invité en 2013 par l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme, organisation au statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC), l'auteurt donnera une conférence à l'Université de Genève sur son travail de recherches."

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Décryptage : Les #médias ont caché le rôle d’ #alQaïda en #Syrie - #Syria #presse #journalisme #désinformation

Décryptage : Les #médias ont caché le rôle d’ #alQaïda en #Syrie - #Syria #presse #journalisme #désinformation | Infos en français | Scoop.it

Important et factuel.

A lire d'urgence si on veut comprendre dans le détail comment les médias de masse ont manipulé l'opinion publique sur la #Syrie depuis 2011  (les hyperliens pour les sources et des cartes sont disponibles si vous cliquez sur le site)

 

Décryptage : Les #médias ont caché le rôle d’ #alQaïda en #Syrie - #Syria #presse #journalisme #désinformation

 

Par Gareth Porter le 16 avril 2016
 
 
Gareth Porter est un journaliste superbe. Dans l’article ci-dessous il analyse la couverture des médias aux Etats-Unis. Nous avons constaté la même couverture mensongère de la part des médias traditionnels européens. SC
 
Lorsque les frappes aériennes russes ont débuté en Syrie, les médias des États-Unis [la presse occidentale en général, ndlr] ont affirmé mensongèrement que le président Poutine avait promis de frapper uniquement l’EIIL et avait attaqué à la place des rebelles « modérés ». Mais le secret gênant est que ces rebelles travaillaient avec al-Qaïda, écrit Gareth Porter.

Par Gareth Porter

Il y a eu un problème crucial dans la couverture médiatique de la guerre civile syrienne, c’est la façon de caractériser la relation entre l’opposition prétendument « modérée » armée par la CIA, d’une part, et la franchise d’al-Qaïda le Front al-Nosra (et son allié proche Ahrar al-Sham), d’autre part.

Mais c’est un sujet politiquement sensible pour les dirigeants des États-Unis, qui cherchent à renverser le gouvernement de Syrie sans avoir l’air de faire cause commune avec le mouvement responsable du 11 septembre, et le système de production de l’information a effectivement fonctionné pour empêcher les médias d’information d’en rendre compte de façon exacte et complète.

L’administration Obama a depuis longtemps dépeint les groupes d’opposition à qui elle a fourni des armes antichars comme étant indépendants du Front al-Nosra. En réalité, l’administration s’est appuyée sur la coopération proche de ces groupes « modérés » avec le Front al-Nosra pour exercer une pression sur le gouvernement syrien.

Les États-Unis et leurs alliés, en particulier l’Arabie saoudite et la Turquie, veulent que la guerre civile s’achève sur la dissolution du gouvernement du président syrien Bachar el-Assad, soutenu par les rivaux des États-Unis comme la Russie et l’Iran.

Étant donné que le Front al-Nosra a été créé par al-Qaïda et lui a confirmé sa loyauté, l’administration a désigné al-Nosra comme une organisation terroriste en 2013. Mais les États-Unis ont effectué très peu de frappes aériennes depuis, ce qui contraste avec l’autre rejeton d’al-Qaïda, l’État islamique ou EIIL (Daech), qui a été l’objet d’intenses attaques aériennes de la part des États-Unis et de ses alliés européens.

Les États-Unis sont restés silencieux à propos du rôle de leader du Front al-Nosra dans les efforts militaires contre Assad, dissimulant le fait que le succès d’al-Nosra au nord-ouest de la Syrie a été un élément clé de la stratégie diplomatique pour la Syrie du secrétaire d’État John Kerry.

Quand l’intervention russe en soutien au gouvernement syrien a commencé en septembre dernier, visant non seulement l’EIIL mais aussi le Front Nosra et les groupes alliés à lui soutenus par les États-Unis contre le régime d’Assad, l’administration Obama a immédiatement estimé que les frappes russes visaient des groupes « modérés » plutôt que l’EIIL, et a exigé que ces frappes cessent.

La volonté des médias d’information d’aller plus loin que la ligne officielle et de rendre compte de la vérité sur le terrain en Syrie a ainsi été mise à l’épreuve. Il a été bien documenté que ces groupes « modérés » avaient été intégrés en profondeur dans les campagnes militaires dirigées par le Front al-Nosra et Ahrar al-Sham sur le front principal de la guerre dans les provinces d’Idleb et d’Alep au nord-ouest de la Syrie.

Par exemple, une dépêche d’Alep de mai dernier dans Al Araby Al-Jadeed (Le Nouvel Arabe), un journal quotidien financé par la famille royale qatarienne, a révélé que chacune des dix factions « modérées » de la province, voire plus, soutenues par la CIA, avait rejoint Fatah Halab (Conquête d’Alep), le commandement tenu par al-Nosra. Officiellement, le commandement était dirigé par Ahrar al-Sham et le Front al-Nosra en était exclu.

Mais comme le journaliste d’Al Araby l’a expliqué, cette exclusion « signifie que l’opération a une plus grande chance de recevoir le soutien régional et international. » C’est une manière détournée de dire que l’exclusion supposée d’al-Nosra était un dispositif qui visait à faciliter l’approbation de l’administration Obama d’envoi de plus de missiles TOW aux « modérés » dans la province, parce que la Maison-Blanche ne pouvait pas soutenir de groupes travaillant directement avec une organisation terroriste.

Le Front al-Nosra était d’autant plus engagé qu’il permettait à des groupes « modérés » d’obtenir ces armes des États-Unis et de ses alliés saoudiens et turcs, parce que ces groupes étaient perçus comme trop faibles pour opérer indépendamment des forces djihadistes salafistes, et parce que certaines de ces armes seraient partagées avec le Front al-Nosra et Ahrar.

Après que le Front al-Nosra a été formellement identifié comme organisation terroriste dans le but d’obtenir un cessez-le-feu syrien et des négociations, il est pratiquement devenu clandestin dans les zones proches de la frontière turque.

Un journaliste qui habite au nord de la province d’Alep a dit à Al-Monitor que le front al-Nosra avait arrêté de battre son propre pavillon et dissimulait ses troupes sous celles d’Ahrar al Sham, qui avaient été acceptées aux discussions par les États-Unis. Cette manœuvre visait à soutenir l’argument que c’étaient les groupes « modérés » et pas al-Qaïda qui étaient visés par les frappes aériennes russes.

Mais un examen de la couverture des frappes aériennes russes et du rôle des groupes armés soutenus dans cette guerre par les États-Unis lors des toutes premières semaines dans les trois journaux les plus influents des États-Unis avec le plus de ressources pour rendre compte précisément du sujet, le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal, révèle un schéma-type dans les articles, qui penchait fortement dans la direction désirée par l’administration Obama, soit en ignorant entièrement la subordination des groupes « modérés » au Front al-Nosra, soit en n’en faisant qu’une légère mention.

Dans un article du 1er octobre 2015, la correspondante du Washington Post à Beyrouth, Liz Sly, a écrit que les frappes aériennes russes étaient « conduites contre l’une des régions du pays où les rebelles modérés ont toujours un point d’ancrage et d’où l’État islamique a été éjecté il y a plus d’un an et demi. »

À sa décharge, Sly a précisé « Certaines des villes touchées sont des bastions de la coalition récemment formée Jaish al Fateh », dont elle a dit qu’elle comprenait le Front al-Nosra et « un assortiment d’islamistes et de factions modérées. » Ce qui manquait, cependant, c’était le fait que Jaish al Fateh n’était pas simplement une « coalition » mais une structure de commandement militaire, ce qui veut dire qu’il existait une relation bien plus étroite entre les « modérés » soutenus par les États-Unis et la franchise al-Qaïda.

Sly faisait spécifiquement référence à une attaque qui a touché un camp d’entraînement à la périphérie d’une ville de la province d’Idleb aux mains de Suqour al-Jabal, qui avait été armé par la CIA.

Mais les lecteurs ne pouvaient pas évaluer cette description sans le fait essentiel, rapporté dans la presse régionale, que Suqour al-Jabal était l’une des nombreuses organisations soutenues par la CIA qui avaient rejoint le Fatah Halab (« Conquête d’Alep »), le centre de commandement militaire d’Alep apparemment dirigé par Ahrar al Sham, l’allié le plus proche du Front al-Nosra, mais en fait sous le contrôle strict d’al-Nosra. L’article a ainsi communiqué la fausse impression que le groupe rebelle soutenu par la CIA était toujours indépendant du Front al-Nosra.

Un article de la correspondante du New York Times à Beyrouth Anne Barnard (cosigné par le pigiste du Times en Syrie Karam Shoumali, 13 octobre 2015) semblait s’écarter du sujet en traitant les groupes d’opposition soutenus par les États-Unis comme une partie dans la nouvelle guerre par procuration États-Unis/Russie, détournant ainsi l’attention de la question : le soutien de l’administration Obama aux groupes « modérés » contribuait-il ou non au pouvoir politico-militaire d’al-Qaïda en Syrie ?

Sous le titre « Les armes des États-Unis changent le conflit en Syrie en une guerre par procuration avec la Russie », on a appris que les groupes armés d’opposition venaient de recevoir de grosses livraisons de missiles antichars TOW, qui avaient forcément été approuvées par les États-Unis. En citant les déclarations confiantes des commandants rebelles à propos de l’efficacité des missiles et le bon moral des troupes rebelles, l’article suggérait qu’armer les modérés était un moyen pour les États-Unis de faire d’eux la force principale d’un camp d’une guerre opposant les États-Unis à la Russie en Syrie.

Vers la fin de l’article, cependant, Barnard a effectivement ébranlé ce thème de « guerre par procuration » en citant l’aveu des commandants des brigades soutenues par les États-Unis de leur « gênant mariage d’intérêt » avec la franchise al-Qaïda, « parce qu’ils ne peuvent pas opérer sans le consentement du plus grand et plus puissant Front al-Nosra. »

Faisant référence à la prise d’Idleb au printemps précédent par la coalition d’opposition, Barnard s’est souvenue que les missiles TOW avaient « joué un rôle majeur dans les avancées des insurgés qui ont finalement mis en danger la domination de M. Assad. » Mais elle a ajouté :

« Même si cela semblerait un développement bienvenu pour les décideurs politiques des États-Unis, en pratique cela présente un autre dilemme, étant donné que le Front al-Nosra était parmi les groupes bénéficiant d’une amélioration de leur force de frappe. »

Malheureusement, la remarque de Barnard, que les groupes soutenus par les États-Unis étaient profondément intégrés dans une structure militaire contrôlée par al-Qaïda, était enterrée à la fin d’un long texte, et pouvait donc facilement échapper à la lecture. Le gros titre et l’introduction en Une garantissaient que, pour la grande majorité des lecteurs, cette remarque serait noyée dans l’idée générale plus large de l’article.

Adam Entous du Wall Street Journal s’est approché du problème sous un angle différent mais avec le même résultat. Il a écrit un article le 5 octobre qui reflétait ce qu’il a qualifié de colère de la part des responsables des États-Unis parce que les Russes visaient délibérément les groupes d’opposition que la CIA avait soutenus.

Entous a rapporté que les dirigeants des États-Unis ont cru que le gouvernement syrien voulait que ces groupes soient visés à cause de leur détention de missiles TOW, qui avaient été le facteur clé dans la capture par l’opposition d’Idleb plus tôt cette année. Mais l’article ne reconnaissait nulle part le rôle des groupes soutenus par la CIA à l’intérieur de structures de commandement militaires dominées par le Front al-Nosra.

Un autre angle du problème était adopté dans un article du 12 octobre par le correspondant à Beyrouth du Journal, Raja Abdulrahim, qui a décrit l’offensive aérienne russe comme ayant stimulé les rebelles soutenus par les États-Unis et le Front al-Nosra à former un « front plus uni contre le régime d’Assad et ses alliés russes et iraniens. » Adbulrahim a ainsi admis la collaboration militaire étroite avec le Front al-Nosra, mais en a rejeté toute la faute sur l’offensive russe.

Et l’article a ignoré le fait que ces mêmes groupes d’opposition avaient déjà rejoint des accords de commandement militaire conjoint à Idleb et Alep plus tôt en 2015, en anticipation des victoires au nord-est de la Syrie.

L’image dans les médias de l’opposition armée soutenue par les États-Unis victime des attaques russes et opérant indépendamment du Front al-Nosra a persisté jusqu’au début 2016. Mais en février, les premières fissures de cette image sont apparues dans le Washington Post et le New York Times.

Rapportant les négociations entre le secrétaire d’État John Kerry et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov sur un cessez-le-feu partiel qui a commencé le 12 février, la rédactrice en chef adjointe et correspondante principale de la sécurité nationale Karen DeYoung a écrit le 19 février qu’il y avait un problème non résolu : comment décider quelles organisations devaient être considérées comme des « groupes terroristes » dans l’accord de cessez-le-feu.

Dans ce contexte, a écrit DeYoung, « Jabhat al-Nosra, dont les forces sont entremêlées à des groupes rebelles modérés au Nord-Ouest près de la frontière turque, est particulièrement problématique. »

C’était la première fois qu’un organe de presse majeur rapportait que l’opposition armée soutenue par les États-Unis et les troupes du Front al-Nosra étaient « entremêlées » sur le terrain. Et dans la phrase juste après, DeYoung a lâché ce qui aurait dû être une bombe politique : elle a rapporté que Kerry avait proposé dans les négociations de Munich de « laisser Jabhat al-Nosra en dehors des limites des bombardements, dans le cadre du cessez-le-feu, au moins temporairement, le temps que les groupes puissent être triés. »

Au même moment, Kerry exigeait publiquement dans un discours à la conférence de Munich que la Russie interrompe ses attaques contre les « groupes d’opposition légitimes », comme condition pour un cessez-le-feu. La position de Kerry à la négociation reflétait le fait que les groupes de la CIA étaient certains d’être touchés par les frappes dans les régions contrôlées par le Front al-Nosra, tout autant que la réalité que le Front al-Nosra et Ahrar al-Sham liés à al-Qaïda étaient cruciaux pour le succès des efforts militaires appuyés par les États-Unis contre Assad.

À la fin, cependant, Lavrov a rejeté la proposition de protéger les cibles du Front al-Nosra des frappes aériennes russes, et Kerry a laissé tomber cette demande, permettant l’annonce conjointe des États-Unis et de la Russie d’un cessez-le-feu partiel le 22 février.

Jusqu’alors, des cartes de la guerre syrienne dans le Post et le Times identifiaient des zones de contrôle uniquement pour les « rebelles » sans montrer où les forces du Front al-Nosra avaient le contrôle. Mais le même jour que l’annonce, le New York Times a publié une carte « mise à jour »accompagnée d’un texte affirmant que le Front al-Nosra « est intégré dans la région d’Alep et au nord-ouest vers la frontière turque. »

Au briefing du département d’État le lendemain, les journalistes ont cuisiné le porte-parole Mark Toner sur l’éventualité du fait que les forces rebelles soutenues par les États-Unis soient « mélangées » avec des forces du Front al-Nosra à Alep et au nord. Après un très long échange sur le sujet, Toner a dit « Oui, je suis convaincu qu’il y a un mélange de ces groupes. »

Et il a continué, parlant au nom de l’International Syria Support Group, qui comprend tous les pays impliqués dans les négociations de paix en Syrie, dont les États-Unis et la Russie :

« Nous, le ISSG, avons été très clairs en disant que al-Nosra et Daech [EIIL] ne font partie d’aucune sorte de cessez-le-feu ou d’aucune sorte de cessation négociée des hostilités. Donc si vous traînez avec les mauvaises personnes, alors vous prenez cette décision. […] Vous choisissez avec qui vous sortez, et cela envoie un signal. »

Bien que j’ai montré l’importance de la déclaration (Truthout, 24 février 2016), aucun média principal n’a jugé opportun de rapporter cet aveu remarquable du porte-parole du département d’État. Toutefois, le département d’État a clairement alerté le Washington Post et le New York Times du fait que les relations entre les groupes soutenus par la CIA et le Front al-Nosra étaient bien plus étroites que ce qu’il avait admis par le passé.

Kerry a évidemment calculé que le fait que les groupes armés « modérés » soient prétendument indépendants du Front al-Nosra ouvrirait la porte à une attaque politique des Républicains et des médias s’ils étaient touchés par les frappes russes. Ce prétexte n’a donc plus été utile politiquement pour essayer d’obscurcir la réalité aux médias.

En fait, le département d’État a depuis semblé vouloir inciter autant que possible ces groupes à se détacher plus clairement du Front al-Nosra.

La confusion dans la couverture des trois principaux journaux sur les relations entre les groupes d’opposition soutenus par les États-Unis et la franchise al-Qaïda en Syrie montre ainsi comment les sources principales ont méprisé ou évité le fait que les groupes armés clients des États-Unis étaient étroitement interdépendants avec une branche d’al-Qaïda, jusqu’à ce qu’ils soient incités par les signaux des représentants des États-Unis à réviser leur ligne et fournir un portrait plus honnête de l’opposition armée en Syrie.

 Gareth Porter | 23 avril 2016

 

Gareth Porter, journaliste d’investigation indépendant et historien sur la politique de sécurité nationale des États-Unis, est le lauréat du prix de journalisme Gellhorn 2012. Son dernier livre est Manufactured Crisis: The Untold Story of the Iran Nuclear Scare, publié en 2014. [Cet article est paru à l’origine chez Fairness and Accuracy in Reporting.]
Article original : Consortiumnews.com

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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Reporting (or Not) the Ties Between US-Armed Syrian Rebels and Al Qaeda’s Affiliate

Un problème essentiel dans la couverture médiatique de la guerre civile syrienne a été de savoir comment qualifier les relations entre l’opposition soi-disant “modérée” armée par la CIA d’une part, et la filiale d’al-Qaïda le Front al-Nosra (et son proche allié Ahrar al Sham), d’autre part. Il s’agit d’un point important pour la politique étatsunienne qui cherche à renverser le gouvernement syrien sans se lier avec le mouvement responsable du 11 septembre, et le système médiatique a travaillé efficacement pour empêcher les médias d’aborder ce point et d’en parler de manière précise.

L’administration Obama a pendant longtemps déclaré que les groupes qui étaient armés avec du matériel antitank étaient indépendants du Front al-Nosra. En réalité le gouvernement comptait sur la coopération étroite de ces “modérés” avec le Front al-Nosra pour exercer une pression sur le gouvernement syrien. Les États-Unis et leurs alliés – en particulier l’Arabie saoudite et la Turquie – souhaitent que la guerre civile se termine par la destitution du président syrien Bachar el-Assad, qui est soutenu par des rivaux des Américains comme la Russie et l’Iran.

Le gouvernement a désigné le Front al-Nosra comme organisation terroriste en 2013, sachant qu’il a été créé par al-Qaïda et qu’il lui a confirmé son allégeance. Mais les États-Unis ont mené peu de raids aériens contre lui depuis, en comparaison de l’autre filiale d’al-Qaïda, l’État islamique ou ISIS (Daech) qui a fait l’objet de nombreux raids américains et européens. Les États-Unis sont restés silencieux sur le rôle prédominant qu’a eu le Front al-Nosra dans la guerre contre Assad, cachant même que le succès d’al-Nosra dans le Nord-Ouest a été un élément clef dans la stratégie diplomatique pour la Syrie du secrétaire d’État John Kerry.

Quand l’intervention russe pour soutenir le gouvernement syrien a commencé en septembre dernier, visant non seulement ISIS mais aussi le Front al-Nosra et leurs alliés soutenus par les Américains, le gouvernement Obama a immédiatement déclaré que les frappes russes visaient plus des groupes modérés qu’ISIS et a insisté sur le fait que ces attaques devaient cesser.

La volonté des médias d’information d’aller au-delà de la version officielle et de raconter la vérité du terrain fut mise à l’épreuve. Beaucoup d’informations démontrent que ces groupes “modérés” ont été complètement intégrés au sein des campagnes militaires menées par le Front al-Nosra et Ahrar al Sham sur le principal front à Idleb et Alep au nord-ouest de la Syrie. Par exemple, une dépêche d’Alep en mai dernier dans Al Araby Al-Jadeed (The New Arab), un quotidien financé par la famille royale qatari, a révélé que chacune d’au moins dix factions “modérées” dans la province, soutenues par la CIA, avait rejoint la nébuleuse Nosra sous commandement Fatah Halab (Conquête d’Alep). Auparavant le commandement était dirigé par Ahrar al Sham et le Front al-Nosra en était exclu.

Mais comme le reporter d’Al Araby l’expliqua, cette exclusion “signifiait que l’opération avait de meilleures chances de recevoir de l’aide régionale ou internationale.” C’était un moyen détourné de dire que la prétendue exclusion d’al-Nosra était un stratagème destiné à faciliter l’approbation par l’administration Obama d’envois supplémentaires de missiles TOW aux “modérés” de la province, parce que la Maison-Blanche ne pouvait pas soutenir des groupes impliqués directement avec une organisation terroriste. Ou dit autrement, le Front al-Nosra permettait à ces groupes “modérés” d’obtenir ces armes des États-Unis et de ses alliés l’Arabie saoudite et la Turquie, parce qu’ils étaient perçus comme trop faibles pour agir de manière indépendante des forces salafistes djihadistes – et parce que certaines de ces armes seraient partagées avec le Front al-Nosra et Ahrar.

Apres que le Front al-Nosra a été formellement identifié comme organisation terroriste en préalable à la réunion de cessez-le-feu syrien, il se retira dans les environs de la frontière turque et s’y est fait discret. Un journaliste vivant dans une province au nord d’Alep écrivit dans l’Al Monitor que le front al-Nosra avait cessé de faire flotter son drapeau et cachait ses troupes parmi celles d’Ahrar al Sham, qui avait été accepté par les États-Unis comme participant aux négociations. Cette tactique avait pour but de propager l’idée que c’était les groupes “modérés” et non al-Qaïda qui étaient visés par les frappes aériennes russes.

Mais une analyse de la couverture médiatique des trois journaux américains les plus influents et disposant de suffisamment de moyens pour enquêter avec précision – le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal – sur les cibles des raids aériens russes ainsi que du rôle des groupes armés soutenus par les Américains dans la guerre au cours des premières semaines met en évidence des articles qui allaient dans le sens souhaité par l’administration Obama, soit en ignorant le ralliement des “modérés” au Front al-Nosra soit en ne le mentionnant qu’à peine.

Dans un article du premier octobre, la correspondante du Washington Post à Beyrouth, Liz Sly, a écrit que les frappes aériennes russes ont “été menées contre les quelques régions du pays où les rebelles modérés sont toujours implantés et desquelles l’État islamique a été expulsé il y a plus d’un an et demi.” A son crédit, Sly mentionne “Certaines des villes touchées sont des bastions de la coalition récemment formée Jaish al Fateh” qui, d’après elle, inclut le Front al-Nosra et “un mélange d’islamistes et de factions modérées.” Ce qui manque cependant, c’est le fait que Jaish al Fateh n’était pas seulement une “coalition” mais plutôt une structure de commandement militaire, impliquant une relation étroite entre les “modérés” soutenus par les Américains et la franchise d’al-Qaïda.

Sly fait directement référence à une attaque contre un camp d’entraînement aux abords de la ville d’Idleb, une province sous contrôle de Suquor al-Jabal, qui a été armé par la CIA. Mais aucun lecteur ne pouvait mettre cette déclaration dans son contexte sans la connaissance d’un fait essentiel,rapporté dans la presse régionale, que Suquor al-Jabal était l’une des nombreuses organisations soutenues par la CIA ayant rejoint Fatah Halab (“Conquête d’Alep”), le centre de commandement militaire d’Alep dirigé par Ahrar al Sham, un proche allié du Front al-Nosra, mais en fait sous contrôle strict de Nosra. L’article répandait l’idée fausse que les groupes de rebelles soutenus par la CIA étaient toujours indépendants du Front al-Nosra.

Un article de la correspondante du New York Times à Beyrouth Anne Barnard (coécrit par le correspondant local du Times en Syrie Karam Shoumali – 13 octobre 2015) semble déraper en considérant les groupes d’opposition soutenus par les États-Unis comme faisant partie de la guerre États-Unis/Russie par procuration, tout en éloignant l’attention sur le fait que le soutien de l’administration Obama aux groupes “modérés” contribuait au pouvoir politico-militaire d’al-Qaïda en Syrie. Sous le titre “L’armement américain est en train de transformer la Syrie en guerre par procuration avec la Russie,” il raconte comment des groupes d’opposition armée viennent de recevoir de grandes quantités de missiles antitanks TOW qui ont dû être approuvés par les États-Unis. Citant les déclarations pleines de confiance de commandants rebelles quant à l’efficacité des missiles et au moral des troupes rebelles, l’article suggère que l’armement des “modérés” était un moyen pour les États-Unis d’en faire la principale force d’une des facettes de la guerre qui oppose les États-Unis contre la Russie en Syrie.

A la fin de l’article, cependant, Barnard amoindrit en fait l’idée de guerre “par procuration” en citant [ce qu’admettent] les commandants des brigades soutenues par les États-Unis au sujet d’un “mariage de raison peu commode” avec la division al-Qaïda, “car ils ne peuvent rien faire sans le consentement du Front al-Nosra qui est bien plus fort et important.” En citant la capture d’Idleb au printemps précédent par la coalition d’opposition, Barnard rappelle que les missiles TOW ont “joué un rôle majeur dans l’avancée des insurgés qui a fini par menacer le pouvoir de M. Assad.” Mais elle ajoute :

Bien que ça semble une avancée heureuse de la politique américaine, dans les faits cela pose un autre dilemme, étant donné que le Front al-Nosra était parmi ceux qui ont bénéficié de cette formidable puissance de feu.

Malheureusement, l’idée de Barnard démontrant que les groupes soutenus par les Américains étaient profondément impliqués dans la structure militaire contrôlée par al-Qaïda se trouvant tout à la fin d’un long article, il était facile de passer à côté. Le titre et le chapeau faisaient en sorte, pour la majorité des lecteurs, de diluer cette idée dans l’article.

Adam Entous du Wall Street Journal prit le problème sous un angle différent mais obtint le même résultat. Il a écrit un article le 5 octobre que l’on peut résumer à la colère des responsables américains que les Russes ciblent délibérément les groupes d’opposition soutenus par la CIA. Entous continue en écrivant que les responsables américains étaient convaincus que le gouvernement syrien voulait que ces groupes soient expressément ciblés à cause de leur possession de missiles TOW, ce qui était un facteur déterminant dans la capture d’opposants à Idleb au début de cette année. Mais rien dans l’article ne traitait du rôle des groupes soutenus par le CIA au sein de la structure militaire dirigée par al-Nosra.

Un autre aspect du problème fut abordé dans un article du 12 octobre par le correspondant du journal à Beyrouth, Raja Abdulrahim, qui raconte que ce sont les raids aériens russes qui ont encouragé les rebelles soutenus par les États-Unis et le Front al-Nosra à former un “front plus uni face au régime d’Assad et ses alliés russes et iraniens.” Abdulrahim reconnaît ainsi la proche collaboration militaire avec le Front al-Nosra, mais en reporte la faute sur l’offensive russe. Et l’article ne traite pas du fait que ces mêmes groupes d’opposition avaient déjà uni leur commandement militaire à Idleb et Alep quelques mois plus tôt en 2015, en prévision de victoires dans le nord-est de la Syrie.

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L’image présentée dans les médias de l’armée d’opposition soutenue par les États-Unis opérant distinctivement du Front al-Nosra, et victime des attaques russes, a persisté au début de l’année 2016. Mais en février, les premières failles dans cette image sont apparues dans le Washington Post et leNew York Times.

En rendant compte des négociations entre le secrétaire d’État John Kerry et le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov concernant un cessez-le-feu débutant le 12 février, le rédacteur en chef adjoint au Washington Post et correspondant principal de la sécurité nationale Karen DeYoung a écrit le 19 février que le problème non résolu dans cet accord était de savoir comment décider quelles organisations devaient être considérées comme “groupes terroristes”. Ainsi, DeYoung écrit “Jabhat al-Nosra, dont les forces sont mélangées avec des groupes rebelles modérés dans le nord à proximité de la frontière turque, pose particulièrement problème.”

C’était la première fois qu’un média important racontait que l’opposition armée soutenue par les États-Unis et le Front al-Nosra étaient “mélangés” sur le terrain. Et dans la phrase suivante DeYoung lâche ce qui aurait dû être une bombe politique : Elle raconte que Kerry avait proposé aux négociations de Munich d’”exclure al-Nosra des bombardements, durant le cessez-le-feu, au moins temporairement, jusqu’à ce qu’on puisse faire le tri dans ces groupes.” Dans le même temps, Kerrydemandait publiquement dans un discours à la conférence de Munich que la Russie cesse ses attaques sur “les groupes d’opposition légitimes” comme condition pour le cessez-le-feu. La position de Kerry reflétait le fait que les groupes [soutenus par] la CIA étaient sûrs d’être la cible de tirs lors des attaques dans les territoires contrôlés par le Front al-Nosra, ainsi que le fait que le front al-Nosra lié à al-Qaïda et Ahrar al Sham étaient essentiels au succès de l’action militaire soutenue par les États-Unis contre Assad.

Finalement, Lavrov rejeta la proposition d’exclure les cibles Front al-Nosra des attaques aériennes russes et Kerry abandonna cette idée, permettant une annonce commune États-Unis/Russie d’un cessez-le-feu partiel le 22 février. Jusqu’à cet instant, les cartes de la guerre en Syrie dans le Post et leTimes identifiaient les zones comme contrôlées uniquement par des “rebelles” sans montrer ce que les forces du Front al-Nosra contrôlaient. Mais le jour de cette annonce, le New York Times présenta une carte “mise à jour” accompagnée d’un texte expliquant que le Front al-Nosra “était présent dans les environs d’Alep et au nord vers la frontière turque.”

A la réunion du département d’État du lendemain, les journalistes ont harcelé le porte-parole Mark Toner pour savoir si les forces rebelles soutenues par les États-Unis étaient “mélangées” avec le Front al-Nosra à Alep et au nord. Après un long échange sur ce sujet, Toner a déclaré : “Oui, je crois que ces groupes sont imbriqués.” Et il a enchaîné en parlant au nom du International Syria Support Group qui inclut tous les pays impliqués dans le processus de paix en Syrie, en particulier les États-Unis et la Russie :

Nous, l’ISSG, avons été très clairs en disant qu’al-Nosra et Daesh [ISIS] ne sont pas inclus, en aucune façon, dans le cessez-le-feu et les négociations pour l’arrêt des hostilités. Alors si vous faites affaire avec ces mauvaises personnes, vous agissez en connaissance de cause… Vous choisissez avec qui vous vous impliquez, et ça envoie un signal.

Bien que j’aie déjà démontré l’importance de cette déclaration (Truthout, 24 février 2016), aucun média dominant n’a vu l’intérêt de révéler cette formidable confirmation de la part du porte-parole du département d’État. Quoi qu’il en soit, la CIA avait alerté de manière claire le Washington Post et leNew York Times du fait que les relations entre les groupes soutenus par la CIA et le Front al-Nosra étaient bien plus proches qu’ils ne l’avaient admis dans le passé.

Kerry avait à l’évidence anticipé que si des groupes armés “modérés” indépendants du Front al-Nosra venaient à être touchés par les frappes aériennes russes cela servirait de prétexte pour une attaque politique de la part des Républicains et des médias. En fait, le département d’État semblait à présent intéressé par faire pression sur le plus grand nombre de groupes armés possibles afin qu’ils se démarquent de manière claire du Front al-Nosra.

Les contorsions et retournements dans la couverture par trois médias dominants de la question des relations entre les groupes de l’opposition soutenus par les États-Unis et la franchise d’al-Qaïda en Syrie reflètent la manière dont les grandes sources d’information ont méprisé ou évité clairement de parler du fait que les groupes armés par les États-Unis ont été étroitement liés à une branche d’al-Qaïda – jusqu’à ce que des signaux provenant des responsables américains les invitent à revoir leur ligne et à fournir une image plus honnête de l’opposition armée de la Syrie.

Par Gareth Porter | 21/03/2016

Gareth Porter, un journaliste d’investigation indépendant et historien de la politique américaine de sécurité nationale, a remporté le prix Gellhorn 2012 pour les journalistes. Son dernier livre est Manufactured Crisis: The Untold Story of the Iran Nuclear Scare, publié en 2014.

Aricle original: Fairness & Accuracy In Reporting

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

Source: http://www.les-crises.fr/les-medias-des-etats-unis-ont-cache-le-role-dal-qaida-en-syrie-par-gareth-porter/

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interview 58 mn #Thinkerview du journaliste d'investigation #PaulMoreira ? #Ukraine #Irak #Terrorisme #Journalisme

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Ajoutée le 4 juil. 2016

Interview de Paul Moreira, journaliste "d'investigation", reporter de guerre. Enregistrée le 22 juin 2016.

SUJETS :
Cash investigation, IRAK, IRAN, Guerre, Elise Lucet, Terrorisme, Daesh, Al Quaida, Forces Américaines, Armes de destructions massives, PNAC, Réalités de terrain, journalistes d'investigations, Attentats de Paris, 200 terroristes sur le territoire ?, Etat d'urgence, Fiche S, Ecoute téléphonique, Services secrets, Ben Laden, Ukraine, Massacre d'Odessa, Russie, Est de l'Ukraine, Néoconservateur, pensée de groupe , conseils pour les jeunes générations

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#FrançoisBurgat , blanchisseur d’ #AlQaïda #Syrie - #DictatureDesExperts #SavantsSots #Corruption (?) #France

#FrançoisBurgat , blanchisseur d’ #AlQaïda #Syrie - #DictatureDesExperts #SavantsSots #Corruption (?) #France

Par Bruno Guigue le 20 août 2016

Les amis de la « révolution syrienne» nous disaient que Bachar Al-Assad était un tyran sanguinaire coupable d’atrocités sans nom. Ils clamaient que le peuple syrien dressé comme un seul homme aurait bientôt raison du « boucher de Damas ». La main sur le cœur, ils juraient que l’opposition démocratique congédierait les djihadistes, préparant la Syrie de demain. Huilée comme un roulement à billes, cette narration, en accréditant la fiction d’une révolution vertueuse, nous étourdissait de ses promesses. Rassurante pour l’esprit, elle distribuait les rôles selon un axe manichéen, confortant la bonne conscience occidentale et justifiant l’ingérence étrangère.

Pour peu, on aurait fini par y adhérer tant la désinformation sur le drame syrien était massive. On nous servit hier le « false flag » d’une attaque chimique attribuée en dépit du bon sens au gouvernement syrien. On nous vend aujourd’hui la photo accusatrice d’un enfant blessé, image cruelle désignant aussitôt le coupable, le frappant d’indignité à la vitesse trompeuse d’une émotion sur commande [*]. Conflit entre le bien et le mal, la « guerre civile » syrienne se coule dans le moule d’un récit préfabriqué, elle se laisse happer par les fausses évidences d’une compassion sélective.

Mais cette fable politique semble avoir épuisé ses charmes. Le mythe d’une opposition laïque et démocratique s’est évanoui comme un écran de fumée. Il ne laisse derrière lui que des vapeurs d’alcool se dissipant peu à peu dans les salons feutrés des grands hôtels de Paris et Doha. Vautrée dans les fauteuils en moleskine, une coterie de patriciens déchus, de renégats vieillissants et de rombières appointées en dollars y devisa longuement sur l’avenir d’un pays qu’elle trahissait. Puis ces héros de pacotille sont partis, les uns après les autres, oubliant leurs rêves de gloire. De cette mauvaise farce, il ne reste rien d’autre que l’odeur rance d’un lendemain de fête triste.

Cette révolution-bidon s’est effondrée comme un château de cartes. Dans le fracas de sa chute, elle a laissé la place à une réalité tenace, de ces réalités qui émergent à marée basse, résistant obstinément aux tentatives de dénégation : la Syrie est un champ de bataille titanesque où s’opposent un Etat souverain soutenu par la majorité de la population et une armée de mercenaires lourdement armés par les maîtres du monde. C’est l’affrontement sans pitié entre deux projets incompatibles. D’un côté, un nationalisme arabe séculier, respectueux des minorités, intransigeant sur l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale. De l’autre, un islamisme rétrograde vendu au plus offrant, décidé à régler leur compte aux minorités récalcitrantes et à instaurer un Etat confessionnel fondé sur une charia rigoriste.

Cette réalité, il faut croire que les défenseurs les plus acharnés de la « révolution syrienne » ont fini par l’admettre. Car ils font leur deuil des modérés en costume-cravate et se rallient sans vergogne aux djihadistes. Le Front Al-Nosra ayant ravalé la façade en rompant son affiliation à la maison-mère, le tabou peut être transgressé. Au lendemain même du changement de label, voilà que commence l’opération de blanchiment. « Al-Nosra », ex-« Al-Qaida » rebaptisé « Fatah Al-Cham » ? Des gens bien, des gens fréquentables ! Un grand chercheur français nous le dit : « Je pense que l’un des grands défis des Occidentaux, c’est d’être capables de mettre le curseur sur des forces politiques que l’on va considérer comme fréquentables, ou dont on va accepter qu’elles font partie de ce lot de forces politiques parmi lesquelles les Syriennes et les Syriens choisiront, le jour venu. Et je pense que oui, l’ex-Front al-Nosra devrait faire partie des forces politiques considérées comme fréquentables », déclare François Burgat sur RFI le 9 août 2016.

Merveilleux pays que la France, où un chercheur du CNRS tresse des couronnes à une bande d’assassins revendiquant l’héritage d’Oussama Ben Laden. Fonctionnaire français s’exprimant sur une chaîne de service public, il affirme non seulement qu’Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida jusqu’à la semaine dernière, est « fréquentable », mais que cette organisation responsable d’innombrables atrocités doit faire partie de l’avenir de la Syrie. Les Syriens sauront gré à M. Burgat, n’en doutons pas, de cette touchante sollicitude pour leur avenir ! Mais il est vrai que pour M. Burgat et ses condisciples, la volonté du peuple syrien ne pèse pas lourd.

Notre chercheur conseille aux Occidentaux davantage de bienveillance à l’égard des émules fraîchement reconverties d’Al-Qaida pour vaincre Bachar Al-Assad. Quel brillant stratège ! Il doit ignorer que la collaboration entre Al-Nosra et Daech fonctionne déjà à plein régime dans la bataille d’Alep, et que ses amis n’ont pas attendu ses conseils pour recevoir l’aide précieuse des Occidentaux qui leur fournissent armes et munitions depuis belle lurette. Débordant d’empathie pour Al-Nosra reconvertie, M. Burgat ignore-t-il aussi que cette organisation criminelle a approuvé les attentats, commis par Daech le 13 novembre 2015, qui ont coûté la vie à 130 de nos compatriotes ? Nul doute que les familles des victimes apprécieront à leur juste valeur ses savantes recommandations.

Bruno Guigue | 20 août 2016

Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

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Un des articles les plus sensés que j'ai pu lire sur le #djihad et le #terrorisme ...  A lire  #JacquesBaud -Le Temps

Un des articles les plus sensés que j'ai pu lire sur le #djihad et le #terrorisme ...  A lire  #JacquesBaud -Le Temps | Infos en français | Scoop.it

Un des articles les plus sensés que j'ai pu lire sur le #djihad , le #terrorisme #livre -   #JacquesBaud -Le Temps

(L'article date du 4 mai 2016, à savoir avant la vague de terreur en Allemagne, Irak et France qui a stupéfié les opinions publiques. Il est temps d'ouvrir les yeux, de dézoomer et de sortir d une pensée binaire subtilement imposée par des mauvais esprits  )

 

Jacques Baud: «Le djihad est un mouvement de résistance»

Les attentats récents ont stupéfié l’opinion européenne. Ils ne sont pourtant guère étonnants, affirme Jacques Baud, un ancien analyste des services de renseignement stratégique suisses

 

«Je monte sur mon bureau pour ne pas oublier qu’on doit s’obliger sans cesse à tout regarder sous un angle différent.» C’est par ce fameux conseil du professeur de lettres interprété par Robin Williams dans Le Cercle des poètes disparus que commence «Terrorisme – Mensonges politiques et stratégies fatales de l’Occident», un livre tout juste paru qui s’impose comme l’un des plus décapants jamais publiés sur le phénomène djihadiste.

Un ouvrage si iconoclaste qu’il prêterait au scepticisme s’il n’était solidement documenté et rédigé par un spécialiste confirmé du sujet, Jacques Baud, ancien analyste des services de renseignement stratégique suisses et cofondateur du Service de renseignement opérationnel de l’ONU, organisme dont il a dirigé la première unité, au Soudan, au milieu des années 2000.

- Le Temps: Quinze ans après le début de la «Guerre au terrorisme», lancée par les Etats-Unis dans la foulée des attentats du 11 septembre, les djihadistes n’ont jamais été aussi nombreux et aussi puissants. Comment expliquer ce paradoxe?

- Jacques Baud: La vague djihadiste actuelle représente essentiellement un mouvement de résistance aux attaques illégitimes perpétrées par l’Occident au Moyen-Orient. Or, l’Occident y a répondu en aggravant son cas, soit en intervenant toujours plus dans la région sur la base de mensonges et sans mandat des Nations unies. Son comportement a eu pour effet de nourrir davantage encore la réaction de rejet.

- Quand cet engrenage s’est-il mis en place?

- Il remonte à la première Guerre du Golfe, qui s’est traduite par l’installation d’une force américaine en Arabie saoudite malgré l’opposition du gouvernement et de la population. La situation a commencé à mal tourner lorsque les Etats-Unis ont décidé de maintenir leur présence dans le royaume au-delà des délais fixés. De premiers attentats ont eu lieu sur place en 1995 pour convaincre Washington de retirer ses troupes… mais sans succès. Les djihadistes ont alors multiplié leurs opérations dans un rayon toujours plus large.

- Que représentent dans ce contexte les attentats du 11 septembre?

- Ils ont souvent été présentés comme le début d’une guerre. Mais c’est faux. Ils s’inscrivent dans le conflit engagé au milieu des années 1990 autour de la présence américaine en Arabie saoudite. Ils ont représenté des réponses aux bombardements menés en 1998 par les Etats-Unis au Soudan et en Afghanistan. Des bombardements qui avaient paru contre-productifs à beaucoup.

- En raison des centaines de victimes qu’ils ont causées?

- Pas seulement. Ces frappes avaient été présentées comme des ripostes aux attentats sanglants perpétrés deux semaines plus tôt contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es Salam. Mais elles ont été conduites avant que l’identité des coupables n’ait été découverte – elle ne l’a toujours pas été, d’ailleurs – et contre des cibles qui n’avaient rien à voir avec ces événements. Soit une usine de médicaments et des camps d’entraînement destinés au djihad dans le Cachemire indien. Les avions utilisés le 11 septembre se voulaient une réplique des missiles employés trois ans plus tôt.

- Quel rôle a joué dans cette guerre Oussama ben Laden?

- Il a représenté avec d’autres une référence intellectuelle sur la scène djihadiste. Mais rien ne prouve qu’il a joué le moindre rôle dans l’organisation d’attentats. Le vice-président des Etats-Unis Dick Cheney l’a avoué lui-même en 2006, en confiant que l’administration américaine n’avait jamais considéré qu’Oussama ben Laden était directement mêlé au 11 septembre. Si le Saoudien (devenu apatride) a été présenté comme le grand instigateur de ces événements, c’est principalement parce qu’il était connu des services occidentaux.

- Dans ce cas, pourquoi Barack Obama a-t-il tenu à le neutraliser une décennie plus tard en lançant une opération risquée à son encontre sur territoire pakistanais?

- De nombreuses opérations militaires ont des raisons de politique intérieure. Cela a été le cas des bombardements de 1998, à l’origine du 11 septembre, des opérations lancées par Bill Clinton suite à l’affaire Lewinski qui avait soulevé contre lui une bonne partie de la classe politique américaine. Pareille motivation explique l’activisme français en Lybie: Nicolas Sarkozy cherchait une occasion de rebondir alors qu’il était en baisse dans les sondages à une année de l’élection présidentielle.

Lire aussi: L'Etat islamique, une histoire violente

L’élimination d’Oussama ben Laden s’est inscrite dans ce genre de logique. Elle a été utile à la réélection de Barack Obama mais elle n’a eu aucun impact sur la lutte contre le djihadisme. L’homme avait été arrêté par les Pakistanais en 2006, année au cours de laquelle la CIA a fermé la cellule qui le pourchassait. Et comme l’ont confirmé les documents saisis dans sa résidence d’Abbottabad, il n’était plus dans le circuit.

- Quelle a été l’importance d’Al-Qaida durant toutes ces années?

- Al-Qaida n’a jamais existé comme organisation. Ce terme, qui signifie «la base», a été utilisé dans les années 1980 pour nommer un camp où étaient accueillis et triés les volontaires étrangers décidés à s’engager dans la résistance afghane. Utilisé plus tard par les autorités américaines pour désigner la mouvance djihadiste, il a acquis une telle notoriété qu’il s’est converti en label. Un label que toutes sortes d’organisations ont repris ces dernières années pour des raisons plus publicitaires que structurelles. Le principal dénominateur commun de ces groupes est la volonté de combattre les armes à la main, au moyen du terrorisme si nécessaire, la présence occidentale au Moyen-Orient.

- Quelles erreurs ont commis les Etats-Unis et leurs alliés au cours de leur guerre au djihadisme?

- La principale erreur est d’avoir dédaigné les reproches d’interférence qui leur étaient faits, en accroissant leur présence au Moyen-Orient au lieu de la réduire. Les Occidentaux n’avaient rien à faire en Afghanistan au lendemain du 11 septembre. Les pirates de l’air étaient pour la plupart des Saoudiens, qui avaient préparé leur coup en Allemagne. Et Oussama ben Laden, qui s’y trouvait, n’était pas mêlé aux attentats.

Les Etats-Unis ont même été beaucoup plus loin puisqu’ils ont préparé dans la foulée l’invasion de l’Irak et, de manière plus discrète, le renversement de cinq gouvernements de la région, de la Libye au Soudan en passant par la Syrie. Un vaste programme révélé il y a quelques années par l’un des officiers les plus prestigieux de l’histoire américaine récente, le général Wesley Clark.

- Afghanistan, Irak, Libye, Syrie: tous ces pays sont aujourd’hui à feu et à sang…

- Les Occidentaux sont intervenus avec une grande maladresse sur ces théâtres d’opération. Les Etats-Unis bombardent l’Etat islamique en Irak et en Syrie mais ils n’ont pas de plan pour le cas où ils remporteraient la partie. Et ils ont commis la même erreur partout où ils ont renversé un régime ces dernières années. De l’Afghanistan à la Libye en passant par l’Irak, ils ont causé des dizaines de milliers de morts pour aboutir à un chaos général.

- Comment les attentats de Paris et de Bruxelles s’inscrivent-ils dans cette guerre?

- Les djihadistes pratiquent en Occident la stratégie que les Alliés ont conduite en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils frappent les populations civiles pour les pousser à exiger de leurs gouvernements la fin des hostilités. Entre les deux existe principalement une différence de moyens: des bombardiers d’un côté, des kamikazes de l’autre. Des organisations comme l’Etat islamique et Al-Qaida dans la Péninsule arabique décrivent clairement leurs intentions, en assumant pleinement l’usage du terrorisme.

- S’agit-il aussi pour ces organisations d’imposer peu à peu leur loi en Occident?

- C’est là une idée courante. Les responsables occidentaux ont tendance à interpréter les événements actuels à l’aune de leur expérience, soit du terrorisme d’extrême-gauche des années 1960-1970, des Brigades rouges et autres Fraction armée rouge qui avaient pour but de transformer la société. Mais les terroristes djihadistes n’ont pas du tout cette ambition. Contrairement à leurs devanciers, ils ne disposent d’ailleurs d’aucun relais susceptible de transformer leurs opérations militaires en succès politique.

Lire aussi: Une galaxie du djihad toujours plus mondialisée

Si leurs attentats ont un effet politique, c’est celui de détourner les populations occidentales des migrants musulmans d’où pourrait venir à long terme une certaine islamisation de l’Europe. Donc un impact contraire à celui qui serait recherché.

- Comment se fait-il que la puissance de feu occidentale, bien supérieure à celle des djihadistes, ne l’emporte pas?

- Les Occidentaux mènent cette guerre avec les mêmes principes qu’en 1914-1918, en liant la victoire à la puissance de feu. Mais la guerre d’aujourd’hui est asymétrique: les succès de l’un entraînent la victoire de l’autre. Comment dissuader en menaçant de mort quelqu’un prêt à mourir? Elle s’assortit d’une interprétation différente de la notion de victoire en Occident et en Orient.

La culture occidentale est plus attentive au résultat du rapport de forces, aux pertes reçues et infligées. La notion de «djihad» privilégie la volonté de résister. Les Egyptiens célèbrent comme une victoire leur guerre de 1973 contre Israël alors que leur armée a subi à nos yeux une défaite cuisante. Ce qu’ils célèbrent n’est pas le résultat matériel mais leur détermination dans une lutte contre un adversaire technologiquement supérieur.

- Quelle issue voyez-vous à la guerre qui oppose aujourd’hui djihadistes et Occidentaux?

- Nous sommes entrés dans un cercle vicieux. Plus le temps passe et plus il est difficile d’en sortir. Des pays comme la France et la Belgique n’avaient aucune raison impérative de se mêler au conflit irako-syrien, qui ne les concerne en rien. D’autant que leur contribution ne pèse guère: le premier compte pour 5% des frappes et le second pour 1%. Paris a réagi de manière particulièrement absurde à l’attentat de l’an dernier contre Charlie Hebdo en bombardant la Syrie, alors que le méfait avait été revendiqué par Al-Qaida dans la Péninsule arabique.

La seule issue raisonnable serait un retrait occidental du Moyen-Orient. Mais les capitales concernées auront à cœur de l’opérer sans perdre la face. Ce qui supposerait l’exploitation d’un bon prétexte à la faveur, par exemple, d’une élection présidentielle.

«Terrorisme – Mensonges politiques et stratégies fatales de l’Occident», de Jacques Baud, éditions du Rocher, Monaco, avril 2016.

 

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